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Jeudi 3 juillet 2008


 

 

 

 

 

 

Pas facile de coucher sur le papier - enfin sur l'écran,ce que l'on ressent pendant 177 km et des brouettes, pas facile. D'autant plus, qu'il s'en passe des choses dans la caboche du prétendant au tour du golfe, ça oui ! Je suis passé successivement par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel de l'ultra, du violet le plus profond, au jaune le plus éclatant....

 

Samedi 28 juin 2008, 3 heure du matin, le ravitaillement N°7 de Moréac est à portée de frontale. Je vais rendre mon dossard et ma puce. Cela fait déjà un moment que j'ére de flêche rose en flêche rose, de rubalise en rubalise (tiens, parfois il y a des plaque jaunes ), les jambes molles, je broie du noir comme jamais. Je ne suis même pas l'ombre de moi même, juste un bien mauvais ersatz. L'objectif de l'année se transforme en énormissime « cata » de l'année. Pourtant, je n'ai même pas effectué la moitié du parcours...Ma décision est prise :

 

  • moi : Bonsoir M'sieur, je voudrais abandonner ici, c'est possible ?

  • un (charmant) bénévole : B'soir, oui, bien-sûr, quelqu'un vient vous chercher ??

  • moi :...

  • le bénévole : monsieur ?

  • moi : bé, non...je pensais qu'il y avait éventuellement des rappatriements.

  • le bénévole : oui, mais à Vannes, pas ici, sauf si vous attendez jusqu'à midi la fermeture du ravitaillement. Allez, vous découragez pas, allez jusqu'à Vannes, et vous verrez bien.

  • moi :Vannes ? Mais, il va me falloir au moins 3 heures en me trainant !! Je n'y arriverais jamais !!

  • le bénévole : mais si, mais si, de toute façon, vous n'allez pas rester à vous geler au milieu des packs d'eau.

 

Bon, zut, crotte, flûte, y a pas tortiller cent sept ans, faut continuer au moins jusqu'à Vannes.

Pour cela, le destin me donnera un petit coup de pousse. Un concurrent me propose de le suivre, il n'est pas au mieux, à deux nous nous tiendrons compagnie, en plus il connait la route, il l'a déjà fait l'an dernier, ses informations me seront précieuses. Merci à lui, je ne connais ni son nom, ni son N° de dossard, je sais juste qu'il est podologue. Et pourtant....petit retour en arrière, quelques heures plus tôt....

 

Et pourtant, cela ne partait pas si mal, au départ tous les voyants sont au vert. Après une avant-course organisée de main de maître par Jérôme (Karllieb) qui m'aura épargné tout stress du coté logistique, nous prenons donc le départ (sans May qui a sagement décidé de faire un WE plage) sous un beau soleil. Je pars à mon rythme, chacun fera sa course, tout en se tenant informé de l'évolution de chacun. Pas de souci dans cette première partie, mis à part que je trouve qu'il fait chaud malgrès le vent, mais je trottine à l'allure prévue au départ, soit plus ou moins 9km/h, et surtout pas plus. J'en profite également pour observé mes camarades de jeu, et je trouve que certains sont partis bien vite, hum, hum.

 

Cette première partie, jusqu'à Larmor Baden, sera idéale, je reste en dedans, mais me fait plaisir quand même en trottinant sur certaines côtes (sur bitume), elles ne sont pas bien longues de toute façon. J'apprécie particuliérement l'arrivée au Bono, où, de l'autre coté du Port j'aperçois Cédric (L'Castor) qui est déjà reparti (et en route pour le podium), les encouragements de Patrick « Papy Turoom » co-organisateur du Raid 28 et du public attablé en terrasse est « rafraichissant ». Après le Bono, je ferais ma première erreur de parcours, le nez dans le guidon, je loupe la sortie du sentier cotier et me retrouve au bout du chemin, la mer à mes pieds, demi-tour, et je retrouve la sortie par un petit raidillon pour remonter dans le village. Petite alerte, qui me montre qu'il faut que je me reconcentre un peu, c'est vrai que je me sens bien, légérement euphorique. Je décide de rester au contact d'un petit groupe dans lequel se trouve Patrick De Geyter et mon futur « sauveur » (mais cela ni lui, ni moi ne le savons encore).

 

Je vais malgrès tout me détacher petit à petit de ce groupe (au niveau de la Baie de Kerdrean), d'abord parce-ce que cela papote beaucoup et que j'ai besoin d'entrer un peu dans ma bulle, et puis parce que l'allure n'est pas régulière : le groupe « booste » sur le bitume, et ralenti dés que le terrain est accidenté, alors que j'ai tendance à garder une allure beaucoup plus réguliére, quelque soit le terrain.

 

Peut avant le 4éme ravito de Mériadec, je rattrape Alex, il était parti devant, mais ces 716 km d'Antibes deux semaines avant lui pésent un peu, alors il gére tranquillement son histoire, d'autant que sa poche à eau fuit et qu'il va devoir se contenter d'une bouteille d'eau.

 

J'arrive à Lamor-Baden en 5h49, un peu rapidement à mon goût finalement, les jambes sont un peu lourdes, mais je ne m'inquiéte pas pour autant. Je reste un quart d'heure au ravito, le temps de refaire le plein d'eau (2l avec un peu de pourdre de perlinpin), un sandwich au saucisson, puis un peu de riz au lait, et un peu de soupe (dans l'ordre). Il fait maintenant nuit, et la frontale s'impose.... Et là, je sens que ce n'est plus du tout pareille. Je suis arrivé à Lamor entre chien et loup, maintnenant il fait nuit noir, et mes repéres visuels sont complétement perturbés (j'en suis pourtant pas à ma première nuit à gambader dehors), et il me faut un certain temps pour m'adapter, mais c'est certain l'allure à serieusement baissée. Pour l'instant pas de panique, je me concentre sur le balisage, il faut être vigilant, d'autant que l'enchainement mono-trace en sous-bois, escaliers, chemins cotiers « tortueux » facilite les erreurs de parcours.

 

Puis, lentement mais surement, c'est la décrépitude, j'ai de plus en plus de mal à tenir l'allure, je me sens fatigué, lourd, les jambes vides. Pendant un moment, j'ai raccroché le wagon « Patrick De Geyter », qui est revenu sur moi, ils ne sont plus que 2 maintenant; mais je ne fais pas illusions longtemps, et suis décroché, les suivre me coûte et il est pas question de « taper dans la gourde » tout de suite. J'arrive au contôle d'Arradon en 8h45, un peu dans le vague, pas encore cuit, mais plus trop frais non plus : bref je n'y suis plus. Je vais alors me trainer jusqu'à Moréac, je ne cours plus, mon manque de lucidité me fait m'égarer plusieurs fois sans grande conséquence : en marchant lentement, je ne vais pas longtemps dans la mauvaise direction, c'est déjà cela.

 

L'idée d'abandon, fait sans chemin, petit à petit, sournoisement, toutes les raisons sont bonnes pour s'arrêter à Moréac...D'ailleurs, ras-le-bol de la course à pieds, hien ? À quoi bon, j'en m'en moque après-tout, puis j'irais pas non plus à l'UTMB, puisque je ne suis même pas capable de passer une première nuit correctement en plaine, qu'est-ce que cela va donner dans 2 mois au Col du Bonhomme ou à Bovine ? Non, j'arrête là... Le terrain assez accidenté juste avant Moréac, il y a pas mal de rochers, me conforte dans mon idée, il est 3 heure du matin, le ravitaillement N°7 de Moréac est à portée de frontale.....

 

 


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Par Zeb - Publié dans : Récits - Communauté : Trail - Course à pied
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